Le bocage : patrimoine sous-estimé

Un paysage chargé d’histoire

En France, le bocage est un paysage agricole caractéristique du Grand Ouest, de la Bourgogne et aussi du Nord. Il est composé de champs scindés par des parcelles grâce à des talus boisés ou empierrés, des haies, des levés de terres et des fossés. A l’origine, ce paysage rural créé par l’Homme servait à délimiter les propriétés, les parcelles et à garder les animaux dans des espaces clos. Façonnés par des générations d’agriculteurs, il est aujourd’hui fragile car soumis à une forte pression agricole et à la fragmentation des territoires.

L’intensification de l’agriculture et sa mécanisation dans les années 50 ont fait évoluer ces paysages. Le sénat estime que 70% des haies du bocage français présentes au début du XXème siècle ont disparues. Les espaces ont été en partie défrichés pour faciliter les travaux des champs et obtenir des parcelles plus grandes. L’étalement urbain est lui aussi responsable de la disparition progressive mais bien réelle du bocage.

La prise de conscience de l’importance de préserver ce patrimoine naturel et culturel pousse les collectivités à connaître et évaluer les espaces bocagers. Identifiés, ces réservoirs biologiques peuvent être intégrés à la Trame Verte et Bleue, être mieux pris en compte dans l’élaboration du SCoT et bénéficier d’une réelle protection.

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Source : Identification de la trame verte – identification du bocage par KERMAP®

Le bocage au service de la biodiversité

Au-delà de leurs caractères identitaires et de leurs esthétiques, les espaces bocagers ont surtout un fort intérêt écologique. Refuge pour de nombreuses espèces, le bocage établit un lien entre les activités agricoles et la biodiversité des campagnes. Les haies sont de vrais corridors écologiques permettant le déplacement d’animaux et le développement de végétaux. Selon la nature de la haie, sa qualité et sa densité, elle constitue un lieu de vie idéal pour différentes espèces. Les oiseaux, les rongeurs ou encore les chauves-souris bénéficient de ces talus pour la nidification, l’approvisionnement en nourriture et la protection. Le bois mort est une ressource pour les insectes et les champignons tout comme les fleurs pour les insectes pollinisateurs. Source de fraîcheur, les espaces boisés offrent de l’ombre aux bétails durant les périodes de chaleur et protègent les cultures du vent.

Loin d’être le seul bénéfice pour l’agriculture, lors de fortes précipitations, les talus absorbent l’eau des terrains pentus garantissant un stock pour la parcelle et amenuisant la perte de fertilité des terres. Végétalisés, ils sont capables de filtrer l’eau et de diminuer le transfert de polluants d’origine agricole vers les eaux. En effet, les racines et les couches herbacées agissent comme un filtre et ce, à la campagne comme à la ville.

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Source : Cartographie des corridors écologiques de la métropole de Rennes par KERMAP ®

Revaloriser le bocage…

Le bocage reste assez méconnu et peu valorisé dans les collectivités. Pourtant, il s’agit d’une vraie mine d’or en termes de biodiversité et de ressources. Favoriser le développement durable et les énergies renouvelables est possible avec le bocage. Bien qu’étant éparse, la ressource est là. Le bois issu des haies offre un approvisionnement local en bois de chauffage (plaquette et bûches) ou en bois d’œuvre. Il est récupéré et transformé par des artisans peu nombreux qui perpétuent un savoir-faire acquis durant des générations.

Prendre en compte le bocage, c’est aussi assurer la continuité de la filière bois et le rapprochement d’acteurs locaux. D’autres alternatives sont envisageables pour favoriser les haies, comme la plantation d’arbres fruitiers. Ces différentes utilisations permettent de compenser les coûts d’entretien du bocage et peuvent offrir un revenu complémentaire aux agriculteurs.

…De façon durable

Il faut toutefois faire attention à ne pas consommer cette biomasse sans en garantir sa régénération. Comment alors trouver le juste équilibre entre exploitation et renouvellement de la végétation ? Réaliser un inventaire des haies permet d’estimer les ressources présentes sur un territoire. A partir d’images satellites très haute résolution ou d’orthophotographies, on peut évaluer leurs essences (feuillus, mixtes, conifères), leurs hauteurs et leurs densités. En analysant l’évolution du paysage, on peut estimer la vitesse de régénération de la végétation. C’est aussi un outil d’aide à la compréhension du paysage permettant d’anticiper les besoins d’entretien de la trame bocagère. Le patrimoine bocager ainsi mis en évidence, il est possible de mettre en place un plan de gestion du bois.

Chaque arbre possède des caractéristiques propres et a des besoins différents pour se développer. Ici aussi les collectivités ont un rôle à jouer en aidant à la formation des agriculteurs à la taille et aux soins des arbres. L’entretien du bocage est nécessaire pour protéger les haies des maladies et faciliter leur développement par le débroussaillage, la plantation et la taille de formation. En effet, pour produire du bois d’œuvre, les arbres doivent être taillés de façon à garantir une forme rectiligne tout au long de leur pousse. Le fruit de ces efforts peut alors, par exemple, être valorisé par les collectivités dans leurs aménagements, par des artisans menuisiers ou encore par des particuliers.

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Témoignage d'Alexandre Crochu

Chargé de mission Trame Verte et Bleue au PNR du Morbihan depuis octobre 2018.

La principale mission d’Alexandre Crochu consiste à identifier les trames vertes et bleues du territoire du PNR pour établir un diagnostic afin d’élaborer un programme d’actions adéquat.

Alexandre Crochu explique qu’historiquement, le bocage est un paysage purement anthropique. Il n’est plus entretenu comme ce fut le cas autrefois : les arbres étaient régulièrement taillés, les fruits cueillis, facilitant ainsi la régénération des haies.

La disparition des usages

Beaucoup d’usages liés au bocage ont disparus ou considérablement régressés : l’utilisation du bois pour le feu, de l’ajonc pour la litière animale ou comme revêtement végétal dans les fermes. Certaines applications ont cependant refait surface. C’est le cas, par exemple, du bois énergie.

Les plantations et les tailles ont été peu renouvelées ces dernières décennies et, de nombreux arbres têtards* manquent aux paysages actuels. Ces arbres sont pourtant d’une importance cruciale pour les animaux et la biodiversité et une aide précieuse pour le développement de plus grands arbres. Sans oublier qu’ils font partie de l’identité paysagère de nombreuses régions. Cependant, Alexandre Crochu précise que les haies bocagères ne sont pas une prérogative des campagnes. Certains terrains et constructions ont maintenu les haies bocagères bordurant le fond des jardins permettant les connexions par les corridors écologiques.

En 2019, le PNR a souhaité faire un état des lieux des haies bocagères de son territoire et ainsi mettre à jour son référentiel bocage. Le Parc a besoin d’une méthode d’identification de la trame verte et bleue qui soit facilement reproductible sur l’ensemble de ses communes.

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* Le nom d’arbre têtard provient de son apparence, comme s’il était doté d’une “tête”. Cette forme particulière est obtenue par une coupe et des tailles régulières.

L'expertise de Kermap

KERMAP a produit la cartographie qualifiée d’une partie de la trame verte et bleue : la trame bocagère à partir d’une orthophotographie datant de 2016. Elle comprend les informations suivantes : densité de la haie, morphologie (haute ou basse) ainsi que la caractérisation des haies à l’intérieur de la trame urbaine.

En jaune : les haies qui ont été conservées. En rouge : les haies qui ont disparues entre 2015 et 2016 sur le territoire du PNR.

Pour construire cette cartographie, la société KERMAP s’est basée sur les données historiques du Parc et celles du programme Breizh Bocage. Elles ont été complétées et comparées avec les éléments produits pour obtenir des informations homogènes sur l’ensemble du territoire. Au cours d’échanges avec KERMAP et avec l’aide de cartographes, la nomenclature a été élaborée pour répondre au mieux aux particularités du territoire.

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Source : Comparaison des données Breizh bocage avec les données KERMAP ®

L’un des intérêts principaux est d’obtenir des informations fiables en limitant les déplacements sur le terrain. La photo interprétation permet d’obtenir des éléments concernant les caractères quantitatifs et qualitatifs du bocage. La qualité de celui-ci peut être analysée sur les différentes strates végétales le composant : arborée, arbustive et herbacée. “L’évaluation qualitative est liée aux fonctionnalités qu’on lui attribue (hydraulique, biodiversité, économique, régulation climatique…). Sur le terrain, les données récoltées sont en rapport à la pente, à la présence de talus, de fossés, de régénération… Tandis qu’en géomatique et photo-interprétation, on travaille à l’aide d’autres référentiels tels que les courbes de niveau, les registres parcellaire graphique pour l’usage agricole ou encore les référentiels de milieux associés (bois, mare par exemple).”

Comment les données sont-elles exploitées ?

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Source : Cartographie des réservoirs de biodiversité 2020 sur le territoire du PNR du Morbihan réalisé par Alexandre Crochu

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Source : Cartographie de la densité de la trame bocagère 2020 sur le territoire du PNR du Morbihan réalisé par Alexandre Crochu

Les données servent principalement à identifier la trame verte et bleue rurale et périurbaine et à comprendre comment s’établissent les connexions avec la ville. En effet, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les entrées de la biodiversité ne se trouvent pas uniquement dans les parcs et les espaces verts. Les petits boisements, reliquats de haies bocagères et les ruisseaux sont aussi de possibles canaux d’entrées pour la faune et la flore.

“Les villes s’intéressent de plus en plus aux corridors écologiques dans la gestion de leur trame verte et bleue, et pas seulement dans les documents d’urbanisme. En menant par exemple une politique foncière (préemption et acquisition) sur des secteurs à enjeux trame, une collectivité peut ainsi mettre en place une gestion favorable qui lui est favorable. Le PNR aide ensuite les communes à établir et à préserver leurs trames vertes et bleues.”

Plus généralement, les données facilitent l’intégration de la trame bocagère dans les documents d’urbanisme tels que les SCOT et le PLU(i). Elles sont exploitées en format SIG, sur des mailles bocagères et sur des mosaïques de milieux (mosaïques de différents types d’habitats potentiels). Ces données ont pour objectif de comprendre l’emprise au sol de la végétation en termes d’habitats. Des cartes de densité et de mesure de la qualité de la trame bocagère ont aussi été réalisées.

Quel avenir pour le bocage ?

Alexandre Crochu nous livre sa version utopique de la trame bocagère des prochaines années. Cela commence par une vraie prise en main de la trame verte et bleue et une gestion respectueuse de l’environnement où permaculture et agroécologie travaillent de pair. Les haies sont revalorisées en auxiliaires de culture avec une production fruitière et une production de bois raisonnée.

“L’un des plus gros enjeux est la perte de l’identité culturelle et paysagère due à la disparition progressive des arbres têtards. Mesurer le quantitatif est facile, contrairement au qualitatif qui reste une vraie problématique. Les plantations en grand nombre ne fonctionnent pas car les haies disparaissent plus vite qu’elles n’apparaissent. Il est nécessaire d’associer la plantation à une bonne gestion et une meilleure protection des haies. C’est ce à quoi s’attelle aujourd’hui le PNR.”

“KERMAP a été une bonne expérience et cela grâce aux échanges réguliers avec la société. KERMAP a faciliter la comparaison entre les données existantes, c’est à dire des données historiques et les nouvelles données extraites. Il a ainsi été possible de visualiser les haies qui avaient disparues, celles qui n’avaient pas bougées et celles qui s’étaient créées. La multiplicité des sources a permis au PNR d’obtenir un référentiel fiable.

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